La semaine où je suis devenue muette (et où papa a géré)

Lorsqu’une femme se retrouve alitée, car souffrante, en convalescence, ou autre, le foyer s’en trouve tout bouleversé. C’était en l’occurrence moi cette semaine là, et je m’en trouvais à la fois frustrée, et flattée.

La semaine dernière, j’ai eu la chance et le privilège de retourner chez le dentiste (pas mon beau dentiste, mais une autre, une femme, sympa quand même- et de surcroît admirable car mère de 5 enfants et dentiste- Waouh ! Je sais tout ça parce que les dentistes racontent toujours leur vie pour déstresser leurs patients pardi ), et je vous épargnerai les détails du pourquoi du comment des détails de mon intervention, mais toujours est-il que lorsque je suis rentrée chez moi à 17H30 (heure à laquelle normalement je cours chercher mes enfants à l’école et à la crèche), je ne pouvais ni parler, ni manger, autant dire une bonne semaine de merde en perspective.

J’attendais sagement mon mari sur le canapé. Il rentra et me demanda : « Ca va ? ». Je lui répondais : « Mmm », et regardais ma montre pour lui faire signe d’aller chercher les enfants. Cela lui fit tout bizarre de retrouver sa femme privée de parole, il hésitait alors à déboucher le champagne ou faire une danse de la joie. Il préféra obéir à mon langage de signe, se disant sans doute, que je n’étais sûrement pas d’humeur à me taper une barre. Il avait raison. Quoique. L’anesthésiant de ma dentiste avait eu le pouvoir d’assourdir ma douleur certes, mais aussi de calmer mes nerfs d’habitude si prompts à réagir. Une demi-heure plus tard, je ne pouvais toujours pas parler, et je me sentais bien inutile. Mon mari revint avec les enfants qui défiguraient leur mère devenue tout à coup muette.. Je laissais mon mari alors gérer les pyjamas, repas, couches, etc… Et je ne fus pas déçue. A l’approche du dîner, mon mari, se trouva face à l’interrogation-justifiée- de ma fille :

-       Papa j’ai faim ! Quand est-ce que tu me fais à manger ?

Mon mari, serviable mais homme avant tout, fut étonné que sa fille de 4 ans lui pose une telle question alors qu’il venait d’amorcer un nouveau jeu passionnant sur son I Pad.

-       Ah, tu as faim ? Déjà ?

-       Oui, Papa, j’ai faim ! relançait ma fille qui était aussi patiente que sa mère.

-       Ok, ok ! Les enfants, installez-vous ! Je vais vous préparer… un buffet parisien ! déclara-t-il fort tout fier.

-       Un buffet parisien ?!! demande ma fille, les étoiles dans les yeux, et ravie de voir son dîner innové grâce aux talents de son père.

Toujours alitée mais tendant l’oreille, j’étais alors déchirée entre l’amusement et l’effarement : qu’allait-il bien foutre dans son buffet parisien ? Mon fils de 21 mois allait-il être capable de manger ce buffet parisien ? Allait-il s’étouffer ? Allais-je devoir divorcer car mon mari en une demi-heure de temps faisait n’importe quoi avec mes enfants ?

Il n’en fut rien. Les enfants mangèrent leur buffet parisien. Je ne sus jamais ce qu’il y avait dedans. Tout ce que je sais, c’est que je n’entendis ni pleurs, ni cri, ni étouffement, et que cela me suffisait.

Les jours d’après, j’accompagnais ma fille à l’école, et quand je vis la tête de l’ATSEM, je compris très vite que ma fille avait raconté tous mes malheurs buccaux à toute l’école. L’ATSEM vint vers moi, penaude : «  CA VA ?? Parce que votre fille m’a dit que nous n’arriviez pas à parler… ».  C’est tellement cool quand ma fille raconte ma vie aux gens. J’espère qu’elle n’oubliera pas de lui dire ma prochaine date de règles. L’autre jour, nous recevions des amis à dîner et j’avais promis à ma fille qu’elle pourrait pour une fois rester à l’apéro avec nous le soir-même, et bien quand je suis allée chercher ma fille à la sortie de l’école, le directeur m’a lancé avec un grand sourire : « Bon week-end ! Et doucement sur l’apéro ce soir !!! » Et une réputation de pochetronne, une !  

Le 3eme jour de ma convalescence, il y eut la galette des rois à l’école. Je ne pouvais toujours pas manger, et pouvais à peine parler. Je franchissais la porte de l’école timidement, priant pour que les parents d’élèves, autrefois copains, quand ma bouche allait bien, ne m’alpaguent pas pour converser avec moi (chose qui d’habitude est mon activité préférée.)  Je comptais alors sur mon mari pour faire la discussion et faire barrage afin de ne pas avoir à grommeler laborieusement devant le directeur d’école qui m’aurait sans doute pensée bourrée de la veille…

Bref, ma convalescence durait plusieurs jours, plusieurs jours à boire des soupes (Mais quelle tristesse ! Quand je pense à toutes ces femmes au régime, mais êtes-vous donc folles ? C’est si déprimant !), à compter mon temps de parole, mon mari à savourer le silence, mes enfants à savourer l’absence de cris, mon foyer à goûter au silence et à la zen attitude.

Puis, le lundi suivant, ma bouche retrouva sa forme et sa santé d’antan, je pouvais à nouveau manger, crier, boire, m’énerver comme avant. Mais j’avais pris une nouvelle décision : celle d’acquérir une nouvelle attitude au sein de notre foyer, une attitude plus calme, plus cool, moins prompte à l’énervement. C’était une belle et sage décision. J’étais pleine d’espoir quant à ma capacité à concrétiser cette nouvelle envie. Moi aussi, je pouvais être meilleure. Travailler sur moi. Acquérir une nouvelle sagesse.

Et puis, lundi soir, mon mari est rentré. Il s’est assis sur le canapé. Il a continué son jeu sur son IPad, le même qu’il n’avait pas pu finir lundi dernier. Mon fils a commencé à griffer sa sœur (je n’ai pas un fils, j’ai un bébé tigre en couche à la maison, je vous ai dit ?), et ma fille a commencé à chouiner. Mon mari a dit : « Wahh super, j’ai franchi le 6ème niveau !!!!! ». Et bam. Je me suis énervée.

Aller au restaurant avec ses enfants, le parcours du combattant

Le week-end dernier, nous nous sommes baladés  avec mon mari et mes deux enfants. Il faisait un froid à décorner les bœufs comme dirait ma copine Charlotte (ma copine Charlotte est une jolie jeune femme rock et hyper fashion de 28 ans mais elle utilise les expressions de ma grand-mère), il faisait très froid donc, nous avons décidé de nous installer au restaurant avec mon mari… et mes 2 enfants. Je vous rappelle l’âge de mes enfants ? 4 ans, et 21 mois. Que du bonheur. On est plein dans le recadrage perpétuel, la surveillance de chaque geste,  la répression du moindre écart, le rappel des règles (ouais, on s’éclate chez nous, c’est pas du tout militaire – d’ailleurs c’est quoi ce nouveau truc chez ma fille consistant à refusant d’aller ranger ses chaussures et de mettre son manteau toute seule ??).

Bref, nous nous installons au chaud. Une fois n’est pas coutume, c’est pourquoi, en m’asseyant sur le fauteuil chaud et en retrouvant une température agréable, j’affichais alors un sourire de contentement et disais à mon mari, pleine d’enthousiasme : « Ah c’est sympa, un petit resto tous les 4 ! ». Il me répondit, laconique (ou alors il connaissait déjà le futur, et réfrénait son enthousiasme ) : « Oui oui… ».

Je déshabillais les enfants, et nous commandions à boire : deux cafés et une glace pour ma fille (qui de toute évidence était pour avoir froid). Mon fils de 21 mois, découvrant alors une nouvelle aire de jeux, commence à se barrer tout en faisant des grands coucous au barman. Ma fille commence sa glace par le chocolat, je me précipite sur la serviette en papier. Mon fils revient à la table pour… faire un cache-cache. Il s’agrippe au rideau, s’allonge par terre, je bois mon café si vite que je ne pourrais vous dire s’il était bon. Ma fille s’essuie la bouche avec ses manches (ce qui me rend dingue… Et oui, c’est Maman qui fait les machines ! Alors OK, ce n’est pas la tâche ménagère que je trouve la plus pénible, comparée à l’aspirateur et laver le sol, mais quand même. Faire des machines, ce n’est pas non plus ma nouvelle passion. ) Donc « prends ta serviette !! » lui criai-je, sur un ton qui ne ressemblait déjà plus beaucoup à mon enthousiasme de départ. J’essaie de parler à mon mari, je me fais interrompre par ma fille « Mamannnnnn, pourquoi tu as demandé de la vanille, j’aime pas la vanille !! Tu sais bien que je n’aime QUE le chocolat ! » « Tu la donneras à ton frère ! » lui dis-je. Son frère arrive, ravi de se voir offrir une boule de glace lui qui se croyait privé de dessert. Il attrape une cuillère, manque de renverser la coupe de sa sœur, mon mari s’énerve (alors que, au fond, pourquoi s’énerver ? Qui c’est qui fait les machines ?? Bah c’est Maman, c’est pas Papa…) Je file aux toilettes avant de partir, et sur le chemin, je glisse sur quelque chose, et manque de me casser la binette (j’ai un peu trop vu ma copine Charlotte ces derniers temps) devant un mec super sexy. En revenant des toilettes, je marche plus lentement, me concentrant très fort pour ne pas tomber. Ouf mon honneur est sauf, enfin jusqu’à ce que ma fille me hurle dans le restaurant « Maman ! Je crois que j’ai du caca de ce matin dans les fesses, on a mal essuyé !!! Je t’avais dit de mieux essuyer ! ». Passé cet épisode dégueulasse et honteux, mon mari et moi payons. Je remercie le barman qui en est à son trentième coucou à mon fils, et qui de toute évidence, même s’il aime les enfants, a mal au bras.

Nous partons à la hâte et je n’imagine même pas ce que cela aurait été si nous avions pris plus qu’un café, et pourtant, je me tourne vers mon mari et lui dis : « Ah c’était sympa ce petit resto tous les 4 ! ».

Lui me répond, laconique : « Oui oui… »

Ma fille, ce moulin à paroles

On a beau être une femme et ne pas vouloir faire de sexisme, on ne peut nier l’évidence : les filles, ça parle. Ca parle, ça parle, ça parle. La preuve en est : ma fille.  Ma fille a 4 ans, et même si elle a développé jusqu’à alors un vocabulaire limité dû à son jeune âge, ça ne l’empêche en rien de parler pendant des heures. La dernière fois où le débit de paroles de ma fille m’a frappée, c’est quand j’ai eu le malheur de faire un trajet de 2 heures en voiture avec elle. Ma fille, pendant 2 heures, elle parle. Non stop. Bizarrement, au bout d’une heure et demie, je sens la migraine monter. Très vite, je comprends que le volume sonore y est pour quelque chose. « Chérie, tu peux te taire un peu s’il-te-plaît ? Maman a mal à la tête ! ».

Le deuxième cas mettant en valeur la bavardise (ou l’égocentrisme ?!) de ma fille, c’est quand nous sommes réunis, son père, elle et moi.  Mon mari rentre du travail, j’ai 1000 choses à lui dire (qu’il jugera plus ou moins importantes certes), et avant de pouvoir en placer une, c’est le parcours du combattant. Pour dire une phrase, on doit prendre rendez-vous avec elle. « Heu Chérie, je pourrai dire un truc à ton père à 20H10 entre tes 2 monologues ? «  Combien de conversations avortées avec mon mari avons-nous dû enterrer ! On commence un conversation, mon mari lance un sujet, je lui réponds, et BAM ! Une phrase de ma fille ! « Chérie, tu peux te taire ? Papa et moi, on essaie de parler ! ». C’est ça, le problème de ma fille, c’est sa propension hallucinante à rebondir sur n’importe quel sujet que son père et moi abordons, même sur des sujets d’adulte qui n'ont strictement rien à voir avec ses petites préoccupations à elle. Mais non, tout l'intéresse.

-       Tu as eu des nouvelles de Nathalie ?

-       Mamaaaan !!! C’est quiiiiiii Nathalie ?? 1ère intervention. Pas encore excédée, je réponds : « C’est la cousine de Papa !! »

Il continue :

-       Oui, oui, j’ai des nouvelles, ils vont déménager à Bordeaux l’été prochain !

Elle :

-       L’été ?? Maman, mon maître, il m’a dit que nous, nous sommes en hiver !

Moi qui suis désormais sur 2 conversations :

-       Oui oui c’est bien Chérie ! D’où l’importance de mettre son bonnet hein Chérie, car l’hiver il fait froid ! Bordeaux, c’est cool ça ! Au fait, tu as réparé le tabouret ?? ( je saute du coq à l’âne, car il faut faire vite, le temps de paroles est compté)

-       Le tabouret, quel tabouret ? répond mon mari, qui commence à perdre le fil.

-       Tu sais, celui qu’on a acheté chez Ikéa !

-       IKEA ??? Mamaaaaaan, c’est quoi IKAWA ???? demande ma fille.

-       Un magasin !!!!! lui dis-je, à peine excédée.

-       Je n’ai pas eu le temps ! répond mon mari.

-       Il faut le faire vite, sinon on va finir par se casser la gueule ! dis-je à mon mari, commençant à être excédée par toutes les personnes de cette maison.

-       La GUEULE ?! Mamannnnn, t’as dit un gros mot !!!

Ah oui, parce que ma fille est super à cheval sur les gros mots. C’est le côté fille ça, bavard, soulant parfois peut-être, mais super discipliné et raisonnable. Je passe mon temps à jurer devant elle, à dire des « Putain » et des « Merde » à tout bout de champ, qu’elle se refuse scrupuleusement à répéter car elle sait que c’est mal. Bizarrement, son frère, lui qui n’a que 20 mois,  n’a pas du tout le même respect de la discipline. L’autre fois, il a fait tomber du yaourt sur le parquet, et a dit hyper naturellement : « Oh merde ! ».  « Oh merde » que je m’efforce de prendre pour un « Oh mais ! », parce que dire « Oh merde ! » à 20 mois, ça craint. C’est direction l’assistante sociale direct. S’il continue comme ça sur le chemin de l'insulte, il va finir dans « Pascal le grand frère » mon fils !

Alors, j’ai beau être une femme et ne pas vouloir faire de sexisme, il faut bien se résoudre à l’évidence : une fille, ça parle, et un mec, ça jure.

Najat, passe à la maison à l’occasion, ta théorie du genre tu vas voir ce qu’elle donne en vrai !

Le merveilleux mois de décembre

Quand je suis rentrée hier soir à la maison avec ma fille, cette dernière s’est lancée dans une allocution sur le Père Noël. Et oui, nous étions le 1er décembre, et les maîtres et animateurs de l’école avaient commencé leur lobbying sur Noël : décorations, sapin, lumières, calendrier, cadeaux… J’en profite pour préciser, et j’ai un peu honte, que hier le 1er décembre, ma fille en était déjà à la case 11 de son calendrier… Je me vois donc contrainte d’en racheter un pour recadrer les choses, et reprendre les choses du bon pied, sans compter que depuis hier, ses camarades de classe ne cessent de lui rabâcher  le goût de leur chocolat du jour, alors qu’elle, les ayant dans son bidou depuis 11 jours, se voit mise à la diète de chocolats jusqu’à mi-décembre.

Nous rentrons donc à la maison et ma fille me lance :

-       Maman, ouvre la fenêtre ! Lulu a dit, que le Père Noël passait soit par la cheminée soit par la fenêtre ! Et si on n’ a pas de cheminée, il faut ouvrir la fenêtre !

Je me dis alors « Quelle bonne idée a cette Lulu de dire aux gamins d’ouvrir les fenêtres quand il fait 5 degrés dehors, alors  que je me bats déjà avec mon mari pour mettre le chauffage. » Ceci dit, ma fille, voyant que je mettais du temps à exécuter ses ordres, commença à se rouler par terre (on est jeudi, soit le début de la fin, l’ascension de la fatigue provoquant toute sorte de réactions étranges chez l’enfant de 4 ans). Constatant que ma fille était en mode dictacteur + énervée + fatiguée + relou, bref que-du-bonheur, j’ouvris la fenêtre.

-       Ouvre plus Maman ! Il ne pourra jamais passer le Père Noël !

J’ouvris davantage la fenêtre et elle me dit :

-       C’est bon ! Il peut passer !

Mon mari grogna dans sa barbe «  Ah elle a des bonnes idées Lulu, on va se peler le cul ! »

Je sommai alors ma fille d’aller prendre son bain et rajoutai :

-       Va te déshabiller, j’arrive, j'ai un truc à faire !

Elle fila et j’en profitai pour fermer la fenêtre aussitôt, priant pour que ma dictatrice de fille ne s’en aperçoive pas- trop vite.

Après le bain, nous commençons la fameuse liste de cadeaux. Pour ce faire, je lui proposai alors plusieurs catalogues de Noël : elle les feuilleta un à un, et à chaque page, émerveillée, me dit : « Je veux ça ! Je veux ça ! Je veux ça aussi ! ».Cela me rappela la fois où j’eus la très mauvaise idée de l’emmener dans un magasin de jouets pour acheter un jouet à… sa cousine. Ma fille est sympa et altruiste, mais ne rêvons pas, cette profusion de jouets lui avait alors fait tourner la tête, le lion avait resurgit, et j’étais repartie du magasin avec le jouet pour sa cousine et… un globe terrestre lumineux pour elle. J'étais rentrée à la maison avec 2 jouets, dont un énorme pour ma fille, et la honte sur mon visage. mon mari m'avait demandé ce qu'était cette énorme chose numéro 2 dans le sac. Je lui avais répondu genée que c'était un globe pour elle, qu'elle l'avait vu et qu'elle était devenue folle. Il me dit : "Oh une mappemonde ! Mais c'est une super idée !". Je n'ai jamais compris pourquoi cette fois-ci il ne m'avait jamais engueulée quand parfois il vire rouge juste parce que je lui file un curly. Le curly, ça doit etre plus nocif qu'une mappemonde de toute évidence.

Bref, ma fille pensait définitivement que  j'étais Donald Trump et qu'ici c'est la Trump Tower, que c'était la fete du portefeuille. Je me vis alors contrainte d’arracher toutes les pages (pour ne pas réveiller le lion qui était en elle ce soir-là et que Maman n'avait pas du tout envie de réveiller juste avant de se coucher), mais j’espérais secrètement qu’elle ne se souvienne pas de la moitié des cadeaux qu'elle avait présélectionnés...

Le jour où je suis retournée chez le dentiste

Dans la vie, il y a deux choses que je reporte sans cesse au lendemain tant ces choses m’ennuient profondément : c’est changer ma housse de couette et aller chez le dentiste.

Hélas, quand il faut y passer, il faut y passer. Tant que je ne dois pas faire ces deux corvées dans la même journée, cela reste gérable.

Ainsi, hier, je suis allée chez le dentiste. J'ai prévenu mon mari, fière d'avoir bravé mes peurs, et fière de mon courage. Il m'a juste répondu : "OK". Moi qui m'attendais à ce qu'il me fasse une hola dans le salon, c'était loupé. Mon dentiste est beau, et c’est déjà un bon début. C’est un début de motivation. Mais vraiment un tout début de début, parce que ses beaux yeux, mes dents s’en foutent un peu. Quand je rentre chez mon dentiste, je dis « Bonjour ! » super aimablement à la secrétaire médicale avec un grand sourire, genre je suis TROP contente d’être là. J’adore jouer la fille cool alors que je ne le suis pas du tout. Je m’installe dans la salle d’attente, et là, ô joie ô bonheur, un tas de Voici et de Paris Match m’attendent sur la table basse. Soit la clientèle de mon dentiste est exclusivement féminine, soit le type de magazines choisi a été scrupuleusement mis là pour détendre et « abrutir » le patient. Et bravo, car ça marche. Je finis à peine mon premier Paris Match, que j’en attrape un deuxième frénétiquement. C’est incroyable : cela fait 16 ans que Nagui est avec sa femme, et Jenifer a –déjà- encore ?!- un nouveau mec ! Je ne pense quasiment plus à mon détartrage (la secrétaire médicale a d’ailleurs bien veillé à fermer complètement la porte de la salle d’attente, sans doute pour éviter que des bruits de fraise ne parviennent jusqu’aux oreilles de patients stressés : moi). Belle initiative. Mon dentiste surgit tout à coup le masque sur les oreilles : « C’est à vous ! ».

Je rentre dans la salle, j’ai l’impression d’avoir 14 ans, je me surprends même à me dire dans ma tête « Ne pleure pas, tu as 35 ans ». Mon dentiste enlève son masque, bonne nouvelle, il est toujours beau, il n’est pas devenu complètement dégueulasse en un an et demi (car non, je n’ai pas besoin d’avoir peur deux fois !).

-       Vous venez pour ?

-       Un contrôle… Et puis on devait faire une couronne à l’occasion. Et je devais appeler la parodontologue mais pour info je ne l’ai toujours pas fait, lui dis-je gênée.

-       OK pas de souci, on va regarder tout ça.

Ce que j’aime chez mon dentiste, c’est qu’il n’est pas du genre à me culpabiliser, non, au contraire, il est hyper compréhensif et gentil (même si dans sa tête il se dit sûrement « Mais quel boulet ! », en tous cas sur son visage parfait, je ne vois pas une once de contrariété, ni même un froncement de sourcils réprobateur).

Je m’installe alors rassurée et coupable sur son siège et attends qu’il examine les conséquences de ma négligence.

-       Pour l’instant, on va juste faire un détartrage.

Heu, juste un détartrage ?? Peut-être que pour toi, le professionnel de la santé, un détartrage, c’est cacahuète, mais pour moi, lopette de la première heure, un détartrage c’est déjà ENORME.  Et puis, merde, un détartrage, ça fait mal ou pas ?? Je ne me souviens plus ?? Je n’ai pas le temps de plonger dans mes souvenirs et de commencer sereinement ma crise d’angoisse qu’il commence ses travaux sur mes dents. Et je peux donc vous fournir désormais la réponse : le détartrage, ça fait mal sur certaines dents sensibles. Et comme on a 32 dents, bah t’as quand même une forte possibilité d’avoir un peu mal au moins une fois !

A chaque dent, mes mains se resserrent sur les bras de son fauteuil et je serre les fesses.

Mon dentiste, voyant bien qu’il a à faire à une sombre mauviette, me lance alors un « Courage ! » toutes les 3 dents. J’ai sûrement le même quota de courages qu’une gamine de 10 ans, et encore, je suis sûre que la gamine de 10 ans n’a un « Courage !! » toutes les 4 dents seulement. Ce n’est pas grave, je ne suis pas à ça près, ce n’est pas comme si je n’avais pas déjà eu d’énormes hontes dans ma vie à cause de ma mauvietterie. Il m’est quand même déjà arrivé une fois de me sentir mal parce que je pensais avoir l’appendicite. Oui, oui, vous avez bien lu. Je pensais l’avoir. Je ne l’ai pas eue. Je ne l’ai jamais eue d’ailleurs. Je l’ai juste fanstasmée si fort que je me suis évanouie. Et puis, il y a eu cette fois aussi où je me suis évanouie en accompagnant ma mère faire une prise de sang. Bon, après, entre temps, j’ai accouché deux fois, et sans m’évanouir, comme quoi il y a de l’espoir pour chacune d’entre nous.

Mon dentiste finit son détartrage, il prend une radio de mes gencives, et me lance d’une voix douce mais ferme :

-Bon, il faudra aller quand même chez la paro. Vous verrez, elle est super gentille, super douce, c’est un bonbon cette femme !

Un bonbon ? La métaphore est bizarre pour un dentiste. Est-ce qu’il se foutrait pas un peu de ma gueule ?? Car perso, les bonbons,  je suis comme ma fille, je croyais que je n’y avais pas le droit.

Je réponds, alors, résignée, telle une gamine de 8 ans :

-Ok d’accord, cette fois-ci je vais l’appeler.

Il me sourit compatissant, me serre la main, et me souhaite une bonne journée.

Je vais voir la secrétaire médicale qui me dit : «  Vous verrez, la parodontologue est vraiment bien et super gentille ! » (Apparemment mon dentiste lui avait envoyé un mail 15 minutes plus tôt: « Attention je t’envoie une grosse mauviette – stop – envoie la chez la paro- stop- et rassure la- stop ».

Je rentre chez moi, ma fille me lance :

-       Maman, je veux un bonbon !

J’hésite, je pense carie-dentiste-angoisse-radio des gencives- parodontologue – pleurs. (Oui ça va toujours vite dans ma tête). Elle me regarde avec un sourire et des yeux de merlan frit. Et puis je pense plaisir. Je lui donne son bonbon, elle l’attrape avec bonheur et me fait un bisou « : Merci Maman !! ».

De rien ma fille, et si tu dois aller chez le dentiste un jour, c’est ton père qui t’emmènera, parce que Maman risque de pleurer avant toi, et le beau dentiste, cette fois-ci, c’est à voix haute qu’il le dira : « Mais quel boulet !!!!!! ».

Le "temps calme", cette vieille arnaque.

Lorsque ton enfant arrive à l'âge de 4 ans, il a clairement de moins en moins envie de faire la sieste.

Quand à 13H30 tu lui dis : "Allez Justine, c'est l'heure de faire la sieste !", elle te répond, hyper réveillée : "Non mais je suis PAS FATIGUEE !". Normal. Justine a 4 ans. Justine est désormais en moyenne section, et le directeur de l'école a instauré en moyenne section "le temps calme" après le déjeuner. Ainsi, avant, à 13H30, tu couchais Justine, elle s'endormait paisiblement au bout de 5 minutes, et tu avais 2 heures de pur et délicieux silence. Désormais, Justine fait un temps calme.

Voilà en quoi consiste le temps calme de Justine à l'école. Le maître de Justine allonge tous les enfants dans la pièce qui se transforme en dortoir "soft": il ferme les rideaux et impose le silence à tous pendant 45 minutes. Inutile de dire qu'au bout de 20 minutes allongés et plongés dans le noir, certains enfants, n'osant rompre le silence imposé par le maître, finissent par ronfler grassement.

Bizarrement, à la maison, le temps calme ne se passe pas DU TOUT comme ça.

Ma fille commence par me demander des livres. (Déjà, ça commence mal). "Ah non, mais la Chérie, tu as cru que tu allais BOUQUINER ?". Elle continue alors en demandant un peu de lumière et refuse catégoriquement de s'allonger puisque de toutes les façons elle n'est PAS FATIGUEE. Voulant avoir, malgré tous ces obstacles, la paix, je finis donc par lui sortir quelques livres (pour éviter qu'elle ne hurle pendant 30 minutes - cf chapitre faiblesse >> se préserver), et je quitte la chambre, à moitié satisfaite de ce temps calme dont les aspects ne me semblent guère correspondre au cadre scolaire. Je repasse dans la chambre 15 minutes plus tard, la chambre de ma fille ressemble alors à une véritable ludothèque. Là, je me dis que clairement, elle se fout de ma gueule. "Maman, j'ai sorti d'autres livres et quelques jouets pour mon temps calme". Je lève les yeux au ciel, et pense à mon fils, qui, lui, fait une sieste, une vraie, pas un temps calme mi ludothèque mi bibliothèque mi j'arnaque-mes-parents (oui 3 "mi", je sais, ça ne marche pas, ça dépasse);  et je me dis que je ferais bien la même. Après tout, je suis largement aussi fatiguée qu'elle, nous pouvons échanger ? Ca marche pas l'échange de règles mère/fille pour préserver le silence du foyer, trop rare ? Je finis alors, excédée, dans ma chambre. Il ne me faut pas 3 minutes pour que je me mette moi-même à ronfler grassement.

Deux heures plus tard, je me réveille brutalement de mon coma, mon fils se réveille, ma fille en a profité pour se faire une partie de handball, un Pokemon Go, un crumble et un thé. Ceci dit, je ne peux pas dire, pendant 2 heures j'ai dormi, pendant 2 heures, je ne l'ai pas entendue, bref pendant 2 heures elle a fait un temps calme, n'est-ce pas ??

Les parents de l'école

Le matin, lorsque tu déposes ton enfant à l'école, tu peux remarquer qu'il existe plusieurs catégories très différentes de parents. En voici une liste non-exhaustive.

1) La Maman Cool

La Maman Cool, c'est pas compliqué, elle est tout le temps cool. Même quand elle court, même quand elle est pressée, même quand son fils est en train d'arracher les cheveux de sa soeur, elle reste cool. En plus d'être cool, souvent elle est jolie, ce qui est d'autant plus énervant soyons honnête. Stéphanie (car je viens de décider qu'elle s'appellerait Stéphanie), tous les matins que Dieu fait, elle se réveille jolie. Il n'y a pas un seul matin où Dieu se dit : "Tiens, aujourd'hui, tu vas avoir une sale gueule Stéphanie !". Et alors, le pompon, c'est quand tu découvres que la Stéphanie est enceinte et  jusqu'au cou de son... 3ème gosse ! Non, mais Oh My God, t'es pas un peu fatiguée là Stéphanie ? T'as pas envie de soupirer, ou de t'énerver sur ton 2ème ? Non. Stéphanie sourit. Un peu, beaucoup, passionnément... Croiser son sourire dans l'enceinte de l'école, ça fait toujours du bien. Tu te dis, que finalement, si Stéphanie, enceinte comme une baleine de son 3ème gosse peut sourire, toi aussi tu peux le faire, non ?

2) La Maman Désespérée

La Maman Désespérée a fait un stage d'observation chez Stéphanie, mais ça n'a pas pris. La Maman Désespérée que je nommerai Hélène est un peu tout le temps au bord du gouffre. Elle est sur le fil. Tu te demandes toujours quand tu lui parles à quel moment elle va craquer.
"Roh la la, Gaspard n'a pas arrêté de se réveiller cette nuit, je n'en peux PLUS !!" Hier, tu n'en pouvais déjà PLUS Hélène, donc tu vois, comme quoi, hier tu en pouvais encore, tu te sous-estimes ! Elle continue : "Il s'est réveillé 6 ou 7 fois !" me dit-elle le teint blafard et les yeux à peine ouverts. Ah oui mais là, Hélène, même moi qui suis plus positive que toi à la base, je te dis un truc : tu ne t'es pas réveillée plusieurs fois là, tu as carrément fait une nuit blanche ma vieille !

3) Le Papa à L'Ouest Rien de Nouveau

Le Papa à l'Ouest, c'est l'homme, le père dans toute sa splendeur. Il va à l'essentiel. Il est pas là pour enfiler des perles et raconter les réveils nocturnes de son fils. Non. Il est là pour emmener son fils à l'école, lui enlever son manteau, lui mettre ses chaussons (heu d'ailleurs MERCI l'idée des chaussons à l'école. Du coup, ma gamine n'a plus de chaussons à la maison, je fais comment moi ??) Donc le papa est là pour l'emmener à l'école, le déshabiller, lui mettre ses chaussons, et déposer son petit colis dans la classe. "Bonne journée Eliott !" Le Papa Rien de Nouveau n'est ni aimable, ni pas aimable; juste il fait le job. Sa femme lui a dit : "Tu déposes Eliott à 8H20 à l'école", bah il dépose Eliott à 8H20 à l'école. Le Papa à l'Ouest, ça fait 3 mois qu'il oublie de rapporter le carnet de correspondance à la maison, et de dire : "Ah mais il fallait rapporter un grand sac plastique aujourd'hui ??". Bah oui, Pierre ! Ca fait quand même 3 mois que ton fils fait des dessins plus ou moins jolis qu'il faudrait rapporter à la maison maintenant.

 

4) La Maman au Foyer

La Maman au Foyer, souvent, elle a le temps. Elle a plein de copines mamans dans l'enceinte de l'école. Elle connait super bien le directeur et la gardienne de l'école. Elle rend plein de services : elle donne des jouets, des habits, elle organise des collectes, elle parle de la kermesse. Etre maman, tous les jours que Dieu fait, elle kiffe. En sortant de l'école, elle lance à ses copines : "On va prendre un café ?"

 

5) La Maman Normale

La Maman Normale, c'est moi. Je ne suis ni vraiment cool, ni vraiment désespérée, à la fois dans ma bulle et pas du tout à l'ouest (je l'avais rapporté, moi, le sac plastique !).

Je les aime bien au fond tous ces parents, la Maman Cool car elle me sourit tous les matins, le Papa à l'Ouest car il me fait marrer, la Maman Désespérée car elle me fait relativiser, la Maman au Foyer car elle me rappelle que "Tiens, moi aussi, je me prendrais bien un petit café !". Je m'ennuierais sans eux le matin. Chaque matin, ils m'accompagnent, et me font me sentir, parfois, un peu moins seule, un peu moins désespérée, un peu moins à l'ouest, un peu moins fatiguée, bref, au fond, un peu plus normale.

Réveil matinal, presque pas mal.

L'avantage du réveil à 6H du mat, c'est que pour le coup, tu as tout ton temps pour te préparer.

Ce matin donc, voyant que mon fils n'était VRAIMENT pas décidé à continuer sa nuit, et comme non je ne voulais pas qu'i réveille sa soeur, je fus faible. Oui. Car il m'arrive de l'être. (Souvent ?? Non ! Enfin, tout dépend de ce qu'on appelle "faible". Si "faible", c'est être souple, c'est vouloir avoir la paix de temps en temps, c'est éviter les cris, c'est se préserver, alors, oui, souvent, tant que possible, je me préserve). Ce matin-là, me préservant donc du réveil de l'aînée, je sortis mon fils de son lit, il m'accueillit avec un grand sourire (tu m'étonnes), me tendit sa bouche recouverte par sa tétine pour que je lui fasse un bisou. Bref, il était matinal, mais reconnaissant. Je l'emmenai alors avec moi dans la salle de bain pendant que je commençais à me préparer. Il faut savoir que lorsque  tu te douches avec ton gosse de 20 mois à côté, la plupart du temps, ta douche, elle dure 3 minutes 30. Les 3 minutes terminées, tu enfiles ton peignoir, et Baby te tend, tout fier, tes chaussons qui traînent sur le carrelage, après y avoir mis ses gros doigts dans les trous. Car oui, définitivement, chez moi je suis sexy : non seulement je porte des chaussons, mais en plus, ces derniers ont des trous. Mais ça va, comme j'ai de supers jolis pieds, s 'ils dépassent, je reste sexy.

Tu t'habilles en 2 temps 3 mouvements donc, pendant que Baby fait ta trousse de maquillage, débouche tes rouges à lèvres, dit "Allo !" l'oreille collée à ton fard à paupières. Il est 7H, tu es habillée, pomponnée, les cheveux lavés, prête, assise sur ton canapé. Ton fils, lui est toujours aussi excité; dommage, toi qui pensais EVENTUELLEMENT le recoucher. Mais vu comment il gueule dans le salon, ça n'appelle pas trop au sommeil, ou du moins, au "temps calme".

Vient alors l'heure de réveiller ta fille, qui, elle est plongée dans un coma profond malgré les "Allo ??", "Allo !!!!!" de son frère qui n'a toujours pas capté que non, le fard à paupière n'allait pas lui répondre.

Nous arrivons à l'école, ton fils flanche et demande les bras. C'est étonnant ! Mais comme il pèse 13 kilos, et que ses cuisses font mon bras, là, tout de suite, j'ai du mal. Puis je dépose mon fils à la crèche, 3 heures plus tard, soit 9H, et là franchement j'ai l'impression qu'il est déjà 14H. En tous cas, ma gueule dans le miroir de l'ascenseur me fait penser qu'il est l'heure de la sieste.

Je rentre chez moi, je poste une photo sur Insta, ma copine commente "Tu es belle, tu n'as pas du tout l'air fatiguée !". Et là, je me dis, que définitivement, j'ai des copines sympas.

Le resto avec son mari, number 2

Aller au resto avec son mari, quand tu as des enfants, devient monnaie rare.Alors quand t'y vas, t'es contente. T'es dans un mood supra romantique. Pas d'enfants, pas de contraintes, pas de souci... jusqu'à ce que ce soit toi qui prennes le volant, et que ton mari te dise (pour la énième fois) que tu conduis VRAIMENT comme une merde. Mais comme ton resto est sacré, tu te tais, et tu fais abstraction de toute onde négative.

Arrivée au resto, ça va tout de suite mieux, parce que déjà vous n'êtes plus dans la voiture (n'oublions pas que la cause des disputes dans un couple est 9 fois sur 10 parce que le couple a eu le malheur de prendre la voiture). Tu t'installes au resto, et à côté de toi commence le défilé des rencards. Premier couple : une jolie blonde et un mec black costaud. Ils sont timides mais pas trop, ils n'en sont sûrement pas au premier rencard, OU BIEN, ils ont fait "Mariés au premier regard avant", et ils ont une compatibilité de 82%. Donc ça passe. Pas de gêne. Petits blagues. C'est fluide. On se permet même quelques taquineries. Ce ne sera pas pareil pour le couple qui suit ( oui, mon mari et moi, on mange super lentement). Elle, jeune, à vue de nez 26 ans, et lui plus vieux, 35 facile. (Aïe, mais c'est mon âge ça, 35 ans ???!!!! Mais je fais BEAUCOUP plus jeune que lui ! Bon, le mec doit avoir 40 ans.)
 Il lui dit :

"Oh, bah ça va, t'es une gothique soft !".

Alors ça sent la rencontre internet à plein nez, le rendez-vous Meetic; faut dire que j'aurais pu m'en douter, la fille a sorti LE petit haut noir à dentelles.

Le mec parle beaucoup, elle moins.

Avec mon mari, on interpelle la serveuse :

"On pourrait avoir la carte des desserts s'il-vous-plaît ?" (c'est pas tout, mais on a une baby-sitter qu'on paye nous !).La serveuse répond, avec un ton énervé : "Heu, on va déjà débarasser !". Ah s'il y a bien un truc qui m'énerve, c'est les serveuses insolentes. Ma fille de 4 ans est insolente, j'ai pas besoin que TOUTES LES NANAS de la terre soient insolentes avec moi ! Madame nous apporte la carte des desserts, mon mari lui demande plus de détails sur son futur dessert, et là clairement, je sens qu'il la fait chier. Elle répond hyper sèchement mais avec un sourire toujours. En gros, la fille a été à bonne école mais ne peut réfreiner son caractère de merde.

Nous dégustons notre dessert, le couple d'à côté en est aux questions du style " C'est quoi ton plus gros défaut ?". Mon mari a failli répondre : "Ma femme, je sais ! Elle conduit comme une merde !".  Il aurait sans doute rajouté "Mais je l'aime quand même". Se serait tourné vers moi en disant "T'es belle aujourd'hui ! T'es fraîche !" (oui car, ayant des enfants, bizarrement, je ne suis pas "fraîche" tous les jours).

C'est ça avec mon mari. C'est pas lisse comme un rendez-vous Meetic, mais c'est sans gêne, hyper fluide. Bref, on doit être à 87%.

Le matin, instant béni

Il y a des moments que les gens sans enfant ne peuvent pas imaginer. Non, vraiment pas. Dans ces moments, il y a le matin. Le fameux. Ta 2ème vie. Celle qui recommence tous les jours. A une heure toujours surprise.

Mais restons simples, parlons des matins fixes, parlons des matins hors vacances scolaires. Les matins où tu te transformes en Speedy Gonzales, en une machine à crier, une machine à habiller, une machine à essuyer des fesses, bref, une machine.

Il y a une condition supplémentaire pour que ton matin soit encore plus fun : le départ au boulot de ton mari. Car bien souvent, ton mari part avant toi, et bien souvent, c’est mieux comme ça. Tu sais pourquoi ? Parce que ton mari est lent, aussi lent que tes enfants, voire même plus lent. Donc comme il est lent, non seulement tu cries sur tes gosses, mais tu cries aussi sur ton mari. Et ça fait beaucoup de cris. Alors tu sais quoi mon mari bien-aimé ? Travaille bien, moi je gère les gosses, et ça va pas rigoler.

Tu as mis ton réveil à 7H25. Ton réveil sonne. Tu es déjà réveillée depuis 15 minutes par ta foutue conscience maternelle (il y a des âmes romantiques qui appellent ça « fibre »). Donc à 7H25, tu es déjà au taquet. Tu files sous la douche sur la pointe des pieds, et tu menaces déjà dans ta tête le premier qui oserait se réveiller avant que tu ne puisses profiter de ta douche de 2 minutes 30 tranquille. Tu t’es lavée, tu sors, tu te sèches, tu commences à t’habiller. Au même moment, ton mari attaquerait tout juste son shampoing tranquillou le bidou toujours sous la douche que tu commences déjà ton opération maquillage. Premier couinement du dernier. Tu lui apportes son biberon, tu t’en vas. Cela te laisse le temps de mettre ton mascara, mince tu n’as fait qu’un œil, et voilà que ton aînée hurle (car elle ne se réveille qu’en hurlant ce qui n’est pas très bon pour ton cœur, mais c’est pas comme si le restant de la journée tu étais de toutes les façons ultra zen à la base). Tu l’accueilles avec douceur (toi, contrairement à elle, petite ingrate). Puis, commence le marathon de l’habillement, des toilettes, du brossage de dents (quand ta fille préfère se regarder dans le miroir plutôt que de brosser ses quenottes), des chaussures, des « mets ton manteau !! ». Puis tu cries la même phrase à ton dernier, mais tu réalises que ton dernier a 6 mois, et ne sait pas encore mettre son manteau tout seul…

Puis là ton aînée est prise d’une quinte de toux (car nous sommes début octobre, et franchement plus tôt l’hiver commence, plus c’est fun, on en est déjà à une bronchite et une gastro petit joueur, au mois de décembre, t’auras déjà creusé le trou de la sécu), une quinte de toux donc qui s’éternise, tu commences à flipper, car quand même, tu l’aimes l’ingrate ! Puis la quinte de toux finit en… énorme vomito glaireux sur le parquet. Là c’est quand même con car tu viens de lui mettre son manteau, et des manteaux d’hiver tu n’en as pas non plus 4, ta fille c’est pas Kim Kardashian. Baby regarde le vomito de sa sœur sur le parquet, et tu vois bien qu’il trouve ça dégueulasse lui aussi. Tu te dépêches de nettoyer le tout avec le rouleau entier de sopalin avant que Baby ne rende à son tour son Gallia de dégoût. Ton aînée pleure, car impressionnée par un tel vomi, mais tu la rassures en lui disant que maintenant qu’elle a mis toutes ses glaires sur le parquet, ça va aller beaucoup mieux. Puis tu lui remets un manteau, moins chaud, pendant qu’elle te demande « Maman, c’est quoi des glaires ? Est ce que Lancelot aussi, il a des glaires ?? ». Tu lui réponds : « Non, ton frère, il a juste la diarrhée. »

Tu attrapes tes 2 asticots par les mains, tu regardes quand même si toi même tu n’as pas oublié tes chaussures, tu jettes  un coup d’œil dans le miroir de l’ascenseur te disant fièrement dans ta tête (« J’ai quand même réussi à me maquiller, je suis trop forte »). Tu arrives à l’école. Ta fille accroche sa veste en jean sur son porte manteau, court voir la maîtresse, et lui dit fièrement : « Maîtresse, maîtresse ! Maintenant que j’ai mis mes glaires sur le parquet, ça va aller beaucoup mieux, m’a dit Maman ! ».

Et là, tu rougis de honte en souriant à la maîtresse et te dis que tu as beau être maquillée, tu n’as pas réussi à conserver pour autant toute ta dignité.

 

Le jour où j'ai enlevé les barreaux à ma fille de 2 ans et demie

Il existe des jours, où pour une fois pas fatiguée par des nuits agitées, on se sent, nous, mères, pousser des ailes.  Ce fameux jour où l’on décide, motivée, confiante, d’enlever les barreaux du lit de notre aînée.

Ce jour-là, j’avais été  transportée de joie par une nuit de 8 heures que le second, 4 mois, avait (enfin) faite. Je me levai alors, pleine de confiance quant aux capacités d’autonomie nocturne de mes enfants. J’ordonnai aussitôt à mon mari d’enlever les barreaux de ma fille, lui disant «  C’est bon, on peut les enlever, elle est mûre ! ». C’était sans doute sans compter sur la toute-puissance des paroles de la Reine des Neiges, paroles qu’on lui passait alors en boucle à la crèche : « Libérée, délivrée ! C’est décidé, je m’en vais ! ». C’était aussi sans compter sur ses talents de gymnaste, consistant à faire des figures giratoires de 180 degrés par minute dans son lit et à finir hors de son lit. C’était également sans compter toutes les vies qui accompagnaient ses nuits, ponctuées de cris, de gémissements, de complaintes, de sursauts…

A ce stade, repensant à ces quelques obstacles, je me dis alors que le projet était ambitieux, je pensai accident nocturne-chute-accident-brigade des mineurs-prison ??!!( oui car ça va vite dans ma tête). Et j’avais raison. A 3 heures du matin, alors que ma fille me réclamait pour la troisième fois (depuis minuit petit joueur, pas depuis 20 heures sinon c’eut été des grandes vacances !), poussée par l’abnégation maternelle, je décidai de m’allonger à côté d’elle  sur une couette faussement moelleuse, qui crétine de couette, ne parvint à amortir mes 50 kilos. J’en oubliais presque ma sciatique naissante (que m’avait causée le dernier, car à 4 mois, il avait trouvé la bonne idée de ne toujours pas marcher !), car au fond tout ce que je voulais, c’était qu’elle dorme la carne !

Je finis donc allongée jusqu’au petit matin, à côté d’elle, pour 1) qu’elle ne tombe pas 2) qu’elle arrête de jouer aux fugitives à 2 ans, car qui piétinerait sa propre mère pour aller faire soi-disant « pipi » ?
Non personne. Je vous le dis. Et sûrement pas mon ange de fille.

A 6H30, mon amour-propre décidait enfin de rejoindre son lit. La carne commença à gueuler, me réclamant à côté d’elle. Je finis par m’énerver, lui dis alors un poil agacée que ce n’était pas possible que je dorme toute la nuit par terre. Elle gueula de plus belle, moi aussi, je claquai la porte, et rejoins mon lit. Au bout d’une minute, elle finit par s’endormir.
Je me dis alors : « Mais pourquoi, déjà, je n’ai pas fait ça depuis le départ ? » 

Mes amies de la crèche

Avoir une place en crèche quand tu habites Paris ou la Région Parisienne, c’est le parcours du combattant.

Alors quand t’en as un enfin une, tu es bien content. Tu débouches le champagne et tu trinques avec ton mari.

Puis le lendemain, tu croises cette maman avec son air triste qui te demande avec une certaine appréhension :

-       Tu as une place toi ?

Tu lui réponds, avec quasiment des excuses dans la voix (car tu le vois bien à sa tête qu’elle n’a pas eu de place elle) :

-       Heu oui.

-       RAH mais tu as TROP de chance ! Quand je pense que j’ai fait des lettres, des lettres et des lettres !

Quelques mois plus tard, tu fais ton entrée en crèche avec ton gamin qui commence son adaptation. Mais alors le mot « adaptation » est bien choisi. C’est vraiment une adaptation. On prend son temps. Ton gamin ne risque pas d’être traumatisé. On ne bouscule pas l’enfant. Le 1er jour 15 minutes, le 2eme jour 30 minutes… Non mais c’est à peine si tu as le temps de passer le pas de la porte que tu as déjà l’impression que la directrice va te crier « C’est bon ! C’est finiiiiii !! A demain !! ».

Au bout de 14 jours d’adaptation, clairement ton gosse ne sait plus où il habite, ni qui est censé lui donner son foutu goûter car à 15 minutes près il retournait à la maison le manger son goûter. L’adaptation se finit tout va bien, ou presque, mais « il a peu pleuré quand vous êtes partie, il n’avait pas l’air bien ! ». Bah tu m’étonnes ! Il avait la nausée avec tous ces allers retours pardi !

Une fois que ton gosse est enfin H24 à la crèche, il ne se passe pas énormément de jours pour qu’il chope absolument tous les microbes qui y traînent, et que la directrice t’appelle d’un air hyper grave « Madame, il faut revenir le chercher ! Nous allons lui donner une dose de doliprane, mais le plus tôt vous viendrez, mieux ce sera pour lui » (Début de la culpabilisation du corps professionnel que tu apprendras à apprivoiser avec le temps, quitte à juste murmurer un « connasse » une fois de temps en temps pour te soulager).  Tu quittes le bureau plus tôt, tu cours, t’essaies de faire abstraction de la culpabilité qu’elle a tenté de te glisser dans ton inconscient même si ton esprit arrive à faire très vite le lien entre doliprane et hôpital, puis tu arrives, essoufflée, et tu récupères ton fils (qui se dit « Chouette, c’était pas fini en fait les allers retours, c’est reparti pour un tour de manège ! »).

La puéricultrice te dit :

-       Bon, votre fils, c’est pas la grande forme. Alors on lui a donné une dose de doliprane.

Le ton est tellement grave, que si elle m’avait dit « on a été obligés de lui donner une dose de morphine », je l’aurais crue, tellement le ton y était. Je prends mon fils dans les bras, lui tout sourire, bien content d’avoir récupéré sa Maman. Nous rentrons. Je le regarde inquiète, guettant le moindre signe de fatigue, de température, le moins tremblement.

Il ne chouine, pas ne pleure pas, bah merde. Voilà même qu’il me sourit l’insolent. Non mais il est au courant Baby que j’ai laissé mon bureau en vrac pour venir le récupérer, si au moins il y avait une petite sueur qui pouvait apparaître sur le front pour conforter mon excès de vitesse, ça serait cool.

Bref, nous sommes rentrés à la maison. Il a continué à me sourire. Etait-ce la dose de doliprane ? Etait-ce le simple fait de m’avoir retrouvée ? Je ne sais pas et je ne le saurai jamais. Mais mes amies de la crèche seront toujours là pour me rappeler que rien ne vaut Maman.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le goûter d'anniversaire

Il y a des mamans formidables, les mamans qui organisent des goûters d’anniversaire. Il en faut du courage et de la motivation pour inviter 15 bambins chez soi à foutre le dawa. Déjà un enfant, le sien, tous les jours, c’est fatigant, alors 14 bambins, en plus, qui ne sont même pas les siens et qu’il faut occuper, et ne pas laisser mourir de faim, moi je dis chapeau.

Dans ces mamans, il y a ma sœur.

Ma sœur fait des gâteaux avec des étoiles dessus. Elle fait aussi des cupcakes de couleurs et organisent des courses en sacs. Quand elle n’a pas ses gamins sur les bras, elle te demande si elle peut prendre le tien. « Ah bah oui, vas y ! ». Ce genre de mamans jamais fatiguées, qui, plus elle a de gosses, plus elle est contente. Moi, plus j’ai de gosses, bah plus je suis fatiguée. Alors ne me demandez pas en plus de faire des gâteaux avec des étoiles dessus. Ma sœur, elle, a mis 30 étoiles sur son gâteau, et 30 cœurs. J’étais tellement impressionnée que je les ai comptés. Moi, quand je fais un gâteau, c’est tellement rare que ma fille se prosterne devant moi pendant que mon mari commence une hola dans le salon. Ma sœur, elle, a écrit le prénom de sa fille avec de la chantilly. Ma fille, je suis sure, que si je lui proposais, si elle pouvait, juste le temps de son goûter d’anniversaire, elle échangerait de maman.

Puis, avant que les enfants ne commencent à s’ennuyer, ma sœur proposa une pêche à la ligne. A cet instant, je me suis demandé à quelle heure elle s’était levée ce matin pour être aussi motivée. Personnellement, je me suis levée à 9H, et j’ai fait une sieste de 13H à 14H. Bah franchement, là tout de suite, juste boire ma coupe de champagne, ça me suffit. A la fin du goûter ma sœur avait prévu pour chaque enfant un petit sac de bonbons. Ma fille prit avec des étoiles dans les yeux son sac et me dit : « Tu as vu Maman, j’ai eu un sac de bonbons !! ». Et je me suis dit « Mais quand est-ce qu’elle a trouvé le temps d’acheter en plus des bonbons et des sacs pour mettre les bonbons dedans » ?

Nous sommes rentrées à 18H30. Nous avons passé une très bonne journée. Ma fille, des étoiles dans les yeux, et dans le ventre.

Mes amies de la crèche, number 2

Mon fils a 15 mois, et malgré son côté très câlin, on ne peut pas dire qu’il soit très doux, je vous le concède. C’est un mec me direz-vous.

Après une aînée douce et délicate, je découvre tous les jours avec ce petit être la brutalité masculine.

L’autre jour, je vais le chercher à la crèche. La fille me débriefe sa journée :

-Il a très bien mangé, comme d’habitude, il a bien dormi, 1H05 ce matin et 2H35 cet après midi, bref très bonne journée tout va bien ! Ah, par contre, heu Lancelot…il… plaque ses copains au sol. Vous savez pourquoi ?

Evidemment je me souviens alors que la fille qui est en train de me débriefer n’est pas l’auxiliaire de puériculture classique mais l’éducatrice. Qui dit éducatrice dit problèmes, dit psychologie, dit éducation, tu sais le truc qu’on adore te renvoyer au visage alors que tu te démènes pour donner la meilleure pour ton enfant.

Elle continue :

-       Vous savez d’où ça vient ?

-       Heu bah non. Je crois que c’est surtout une manière pour lui de faire des câlins !

-       (Sinon il a juste 15 mois et ne comprend pas trop encore le concept de délicatesse avais-je envie de lui dire – et de lui apprendre son métier qu’elle, de toute évidence, connaissait mal.)

-       Vous savez si c’est votre mari, quand il joue avec lui, lui montre des gestes de bagarres ou s’amuse avec lui d’une certaine façon ?

-       Heuuuuu…

 

Drinnnnnnnnng ! La sonnerie de la culpabilité et la déesse de la morale s’étaient repointé !

 

-       Je ne sais pas. Ils jouent comme des garçons je suppose !

 

Nous sommes rentrés à la maison avec Lancelot.

Mon mari est rentré lui aussi, je lui ai demandé alors :

-       C’est toi qui plaques Baby au sol ? Car maintenant il plaque ses copains à la crèche !!

Mon mari a levé les yeux au ciel, il a pris notre fils dans ses bras et ils sont allés jouer dans le salon.

 

Aller au resto avec son mec

Samedi, je suis allée au resto avec mon mari.

Nous sommes allés dans un restaurant savoyard. L'hiver conforte toujours les calories.

A coté de nous, il y avait un jeune couple. Une jeune fille blonde, et un garçon black, tout en muscles dans son tee-shirt moulant. Ils ont mangé une fondue savoyarde.

Arrivée au dessert, la fille commande à la serveuse, sans complexe, une "fondue au chocolat" ( ça fait beaucoup de fondues certes, mais quand t'as commencé, autant bien terminer). Puis, la serveuse demande à son chéri : " Et vous, Monsieur, que désirez-vous comme dessert ?". Il répond : "Je vais vous prendre un thé".